Sénégal : Tobor (Ziguinchor), la population proteste contre l’installation d’un dépotoir d’ordures dans leur village et exige sa fermeture.

Sénégal : Tobor (Ziguinchor), la population proteste contre l’installation d’un dépotoir d’ordures dans leur village et exige sa fermeture.

À Tobor, le dépotoir recevant les ordures de la commune de Ziguinchor pose problème au sud du Sénégal ; la population, sur le qui-vive, exige sa fermeture. Depuis quelques mois, une odeur nauséabonde et une armée de mouches hantent le bien-être des habitants de Tobor, un village situé dans la région de Ziguinchor, plus précisément dans le département de Bignona. En cause, la présence d’un dépotoir d’ordures depuis le mois de février. Les habitants — agriculteurs, éleveurs et certains responsables de l’école primaire située près du dépotoir — dénoncent le déversement d’ordures en provenance de Ziguinchor, mettant en danger leur environnement.

Crédit image :Amadou Goudiaby

Un environnement menacé : terre, air, eaux

« Le trou creusé pour l’enfouissement des ordures est estimé à 7 mètres de profondeur, risquant de détériorer gravement notre sol », déclare Lamine Badji, doctorant en géographie et président de la jeunesse de Boutoumole, ajoutant les risques encourus par les élèves de l’école primaire située à quelques mètres du dépotoir. « La santé de nos frères et sœurs est en jeu, et nous allons nous battre corps et âme pour protéger notre magnifique environnement », ajoute-t-il.
Lamine Badji estime que les conséquences d’un tel accord risquent d’être dévastatrices. À Tobor, les fermiers qui mènent leurs activités dans la zone se sentent menacés. Notre nappe phréatique s’étend à 10 m de profondeur. La faune et la flore ne sont plus à l’abri. « Nous demandons des mesures de la part du maire de la commune de Niamone (dans le département de Bignona), Atab Badji, qui est resté silencieux depuis le début du problème », affirme M. Badji.

Crédit image :Amadou Goudiaby

Malgré le respect strict des normes d’hygiène et de sécurité sanitaire dans ses fermes, Seydou Ba, un éleveur respecté, propriétaire de deux grandes fermes employant des jeunes de la région, rencontre aujourd’hui d’énormes difficultés. Selon lui, la forte odeur émanant du dépotoir et l’infestation de mouches rendent la gestion de ses animaux de plus en plus difficile. « J’essaie de protéger mes volailles de toute maladie, mais ce dépotoir, ayant transformé notre environnement, me complique la tâche », déclare-t-il.

Tous les sens en alerte

Atab Touré, ingénieur agroécologue, explique que la différence de profondeur de trois mètres entre la nappe phréatique et les ordures représente un réel danger pour la population si la mesure estimée est avérée, ajoutant que les liquides issus de la décomposition des déchets peuvent rapidement infiltrer la nappe phréatique, entraînant plusieurs conséquences : contamination de l’eau, risques pour l’élevage, effets dévastateurs sur la croissance des cultures, transformation de la structure du sol et de l’oxygénation de l’eau. Touré poursuit, expliquant que l’infiltration des liquides contaminés risque de polluer les ressources en eau. De plus, « l’utilisation de ces eaux pour l’irrigation des champs peut avoir des répercussions sur les cultures ; la santé des populations et des éleveurs est également menacée car leurs animaux peuvent être contaminés par cette eau, ce qui risque de mettre en danger la santé des consommateurs », ajoute-t-il.

Toujours selon la même source, il est important de souligner que la chaleur dégagée par le dépotoir et la décomposition des déchets qui s’y ajoutent favorisent la production de gaz à effet de serre tels que le méthane et le dioxyde de carbone, ce qui pourrait entraîner des incendies.
Les propos de monsieur Touré sont attestés par un incendie qui s’est déclaré au dépotoir le 27 février, mettant les habitants de Tobor sous le choc. Le directeur de l’école primaire a dû remettre des masques aux élèves, suspendant partiellement les cours, affirme Saléye Manga.

Une telle décharge peut-elle impacter les luxuriantes mangroves de Tobor ? À cette question, l’agroécologiste répond que les modifications du sol peuvent causer des dommages aux écosystèmes, notamment aux mangroves. Ces zones sensibles risquent de subir des pertes d’espace et de biodiversité. Cette contamination peut entraîner un manque d’oxygène dans l’eau, faisant fuir les espèces qui s’y reproduisent.

Les organisations de la société civile portent le combat

Dans un communiqué conjoint publié le 13 mars 2025, Amnesty International Sénégal, la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) et la Ligue Sénégalaise des Droits Humains (LSDH) ont interpellé l’État du Sénégal en insistant sur le fait que « la décharge d’ordures ouverte dans le village de Tobor doit être fermée ». Elles demandent aussi à l’État et aux collectivités territoriales concernées de mettre fin à toute pratique menaçant l’environnement et la santé des populations, et de « cesser immédiatement le déversement des ordures dans le site situé dans le quartier de Boutoumole à Tobor ».

Les trois organisations ont également apporté des suggestions pour faciliter la gestion des déchets au Sénégal. Elles recommandent de mettre fin à la création de décharges d’ordures près des agglomérations tout en développant des projets de recyclage qui pourraient contribuer au développement et générer des sources de revenus.

Crédit image :Amadou Goudiaby

Il est à noter que la gendarmerie a été déployée sur le terrain pour servir de bouclier entre les camions déversant les ordures et les populations exprimant leur mécontentement. Le 9 février dernier, quatre personnes ont été interpellées et placées sous mandat de dépôt, dont le Dr Lamine Diédhiou, porte-parole de la population de Boutoumole, professeur et chercheur en sociologie au collège Limoilou (Québec, Canada). Elles ont été libérées une semaine plus tard, vers le 19 février. De plus, trois autres jeunes ont été arrêtés le 11 mars puis relâchés le lendemain.

Dans leur communiqué, les trois organisations demandent à l’État de « respecter le droit de réunion pacifique en mettant fin aux arrestations et aux poursuites judiciaires contre les personnes qui manifestent pour demander la fermeture de la décharge », afin de respecter les règles de la démocratie.

La situation à Tobor préoccupe jusqu’au sein de l’hémicycle. Dans une lettre adressée au Premier ministre le 21 février, le député Guy Marius Sagna renseigne que la décharge est à près de 250 mètres de l’école élémentaire Tobor 2, qui abrite environ 200 élèves, et à 17 mètres de la maison de l’ancien chef de village.

Jusqu’à présent, aucun membre du gouvernement ni des collectivités territoriales concernées ne s’est prononcé publiquement sur l’affaire.
Face à ce silence, les populations de Boutoumole prévoient d’autres plans d’action et comptent aller jusqu’au bout de leur combat pour la fermeture du dépotoir de Tobor.

 

Par Moussa Balla Camara

Salmane AF SOW

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